SÉRIE D'ENTREVUES DE RABÉA KABBAJ
Fraîchement diplômée de la maîtrise en journalisme international de l'Université Laval, Rabéa Kabbaj a découvert le journalisme en 2011, année durant laquelle elle a été reporter puis rédactrice en chef de l'hebdomadaire L'Exemplaire. Elle a également été stagiaire pour le magazine Découvrir et pour l'Agence France - Presse et écrit actuellement pour le magazine La Quête de Québec. Installée à Montréal depuis peu à la recherche de nouveaux défis journalistiques, on peut suivre son travail ici : http://portfoliorabea.wix.com/rabea-journaliste
Signe flamenco distinctif : les chansons de Diego El Cigala tournent en boucle dans son Ipod depuis quelques années déjà...
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LUNDI 8 SEPTEMBRE 2014-SALA ROSSA 20:00
1ère partie
SARAH BRONSARD-"Ce qui émerge après (4kg)"
m5b7-"Métronomades"
2e partie
FIN de FIESTA-"Mala yerba nunca muere"
« Ce qui émerge après (4kg) » : 3 questions à Sarah Bronsard
« Il y a une intensité vraiment particulière au flamenco »
Journaliste: Rabéa Kabbaj
Crédit photos: Svetla Atanasova
Ouvrant le bal des spectacles en salle, la danseuse et chorégraphe montréalaise Sarah Bronsard présente « Ce qui émerge après (4kg) » à la Sala Rossa ce lundi. Passée par la peinture et les arts visuels, l'artiste aux multiples influences ne propose pas un flamenco traditionnel, mais bien une pièce où s'entremêlent rythmique flamenca, danse contemporaine et musique électroacoustique. Du flamenco expérimental bâti autour d'une trame sur le thème de la maturation. Rencontre.
Comment vous est venue l'idée de « Ce qui émerge après (4kg) » ?
Sarah Bronsard: J'ai créé une pièce il y a deux ans qui s'appelait «4kg» [...] . La thématique avec laquelle j'avais travaillé c'était l'espèce de long processus de maturation pour que quelque chose arrive. Je m'étais beaucoup inspirée de la cigale en fait, de l'image de la cigale qui vit plusieurs années sous terre, pour sortir juste deux ou trois semaines pour se reproduire puis ensuite elle meurt. Et j'avais été très nourrie par cette image-là d'une lente progression pour un résultat très court. Je pense que c'est à l'image de beaucoup de choses dans nos vies. [...] Entre temps, j'ai eu un bébé et j'ai été invitée à représenter ma pièce dans le cadre d'une tournée que j'ai faite cet été en mai - juin. Pour l'occasion, comme deux ans étaient passés, comme l'arrivée d'un enfant c'est aussi à l'image de ce processus, j'ai voulu retravailler la pièce et elle est devenue très différente. Clairement c'était dans la continuité mais c'était autre chose. Donc je l'ai appelé « Ce qui émerge après », parce que oui c'est un bébé qui émerge mais c'est aussi que tout processus amène à ce que quelque chose émerge. On ne sait pas nécessairement c'est quoi mais il faut céder l'espace à cette chose-là. Donc la pièce est beaucoup là-dessus: cette espèce de progression pour céder l'espace à autre chose qui arrive.
Vos compositions reposent pour beaucoup sur un dialogue entre flamenco et danse contemporaine. Dans quel style de flamenco votre travail s'insère-t-il ?
S.B: Expérimental ou contemporain. C'est difficile d'utiliser des termes comme ça, c'est très connoté et c'est très différent pour chaque personne. Je me sens dans une ambivalence face au flamenco parce que ce n'est pas ma tradition [...] . En même temps ça vient chercher quelque chose de très « authentique » chez moi. Je pense que ça vient chercher quelque chose chez l'humain, peu importe que l'on vienne de cette culture-là ou pas. [...] Je trouve ça toujours délicat cette espèce d'appropriation que l'on fait d'une culture qui n'est pas la nôtre, mais en même temps ça m'a formé pendant une douzaine d'années donc je ne peux pas faire abstraction de ça. Je ne sais pas où je m'inscris dans le milieu du flamenco, mais je pense que c'est normal aussi quand on explore de ne pas trop savoir où l'on se situe. [...] Ma façon de travailler, c'est beaucoup plus mon corps. Ma façon d'être a été nourrie par cet art-là. Après ce que je fais avec, je ne sais pas si on peut appeler cela du flamenco, mais c'est intéressant de le présenter dans le contexte du Festival Flamenco. Quand je l'ai présenté en tournée européenne c'était avec des chorégraphes contemporains qui n'étaient pas du tout sur le flamenco. [Alors que] pour le public, c'était clairement flamenco. Donc la zone est floue.
Si vous deviez décrire ce que représente pour vous le flamenco à quelqu'un qui n'y est pas familier, que lui diriez-vous ?
S.B: Je pense que ce qui vient me chercher encore aujourd'hui et ce qui va venir me toucher toute ma vie c'est cette intensité de présence dans l'instant qui est... Ça se trouve dans la danse, ça se trouve dans la méditation, ça se trouve dans pleins de choses, mais il y a une intensité vraiment précise et particulière au flamenco. [...] C'est un art qui est codifié mais ça demande de prendre le temps de l'apprivoiser, de le connaître, ça demande de prendre le temps de s'y intéresser. Le chant flamenco par exemple, beaucoup de gens au départ sont choqués ou cette espèce de complainte-là ça ne leur plaît pas forcément. Plus tu t'y intéresses, plus tu deviens sensible à ça. Plus tu t'y intéresses, plus tu comprends la rythmique, plus tu comprends toutes ces codifications-là. Je dirais que c'est un art assez codifié et la musique est extrêmement importante. Le rapport à la musique est essentiel, donc il faut aimer la musique pour aimer le flamenco. Et puis il y a une adresse directe au public [...] , le flamenco est très frontal, il y a un côté plus provocateur dans cette danse-là, qui interpelle directement le public. Je pense que c'est une caractéristique aussi: [...] c'est un dialogue aussi avec le public.
Entretien avec m5b7
« Ce qu'on fait c'est un peu du geek nerd flamenco »
Journaliste: Rabéa Kabbaj
Scientifiques de formation, les protagonistes de m5b7, Mabel Chong et Bárbara Requesens, se sont inspirées pour Métronomade tant de la rythmique flamenca que de leur passion commune pour les mathématiques. Un spectacle expérimental, transportable et qui revisite nos rapports à l'espace-temps au rythme des percussions du métronome. À découvrir ce lundi à la Sala Rossa.
Qu'est ce qui se cache derrière le nom bien mystérieux de votre laboratoire rythmique, m5b7 ?
Ce qu'on voulait c'était trouver un nom qui se voulait un peu comme une équation, comme un nouvel élément. Comme une équation mathématique mais aussi comme une équation chimique. Alors on s'est dit: Mabel il y a 5 lettres, Barbara a 7 lettres, alors on va faire m5b7. En plus, en flamenco, la rythmique est souvent en douze, alors que 5 + 7 fasse 12, on était comme woow, on a trouvé la solution magique. [...] Ce n'est pas la première fois qu'on collabore, ça fait plusieurs années qu'on monte des projets que nous on trouve très poétiques mais qui ne sont pas souvent acceptés par la masse médiatique ou, quand on fait des demandes de subventions pour pouvoir pousser nos projets, on n'est pas souvent choisies parce qu'on ne fait pas du flamenco traditionnel. Ce qu'on fait c'est un peu nerd, c'est un peu du geek nerd flamenco. On aime beaucoup les mathématiques, on est des scientifiques, alors on adore tout ce qui est compliqué. C'est comme si, une fois que ça devient polyrythmique, une fois que la poésie de la mathématique est évidente, on veut l'explorer, on veut l'approfondir.
Comment vous est venue l'idée de Métronomade ?
Avec ce projet, on veut, parce qu'on est deux, explorer le monde binaire, on veut explorer l'espace-temps. On a essayé de recréer deux sons qui habitent ou qui travaillent dans un métronome. Alors c'est comme si on était Tic et Tac, on s'en allait travailler et on montre ce qu'on fait dans une journée de travail dans un métronome. À Montréal, le monde du flamenco est grand mais est petit en même temps. [...] C'est très difficile de trouver des musiciens avec qui faire du flamenco, parce que ceux qui en font sont sollicités par les danseuses qui sont plus populaires. Alors comme on joue avec un métronome, on s'est dit on va laisser la chance à celui qui joue avec nous toujours, plutôt que d'essayer d'engager quelqu'un qui serait disponible juste pour deux répétitions, quand nous on voulait répéter et répéter, en extérieur, avec les gens. [...] C'est ça qu'on fait depuis à peu près deux semaines : à la place de pratiquer dans un studio, parce qu'on a notre petite boite qui est transportable, [...] on s'est promenées dans les parcs, dans les endroits où il y avait au moins une surface plane, et c'était très drôle de voir la réaction du public.
En quoi consiste votre approche expérimentale du flamenco ?
C'est vraiment intéressant de pouvoir sortir du contexte flamenco et de juste jouer avec les rythmiques et nos interprétations et de voir ce que ça fait. [...] Pas nécessairement pour raconter le passé du flamenco qui est très poétique et qui est super beau, mais qui n'est pas notre réalité à Mabel et moi. On est Montréalaises, on n'est pas gitanas. On a peut-être un peu de sang espagnol, mais moi je n'ai jamais vécu en Espagne. Je suis allée parce que je voulais justement apprendre avec des gitans flamenco, mais je ne pourrais jamais dire que j'ai habité et que j'ai fait dix ans de flamenco en Espagne. [...] On dit qu'on ne fait pas du flamenco traditionnel mais quand même le flamenco traditionnel nous a touchées énormément pour qu'on veuille en faire. En fait on peut décider ce que l'on veut faire avec, comment on veut l'interpréter puis comment on veut se l'approprier. [...] On veut vraiment être personnalisées. On veut vraiment que les gens arrivent à reconnaître ce que l'on fait. [...] Tout le côté percussif, c'est directement pris du flamenco parce que c'est ça qui nous passionne, c'est ça qui nous allume. Peut-être la portée du corps va être poussée un peu vers notre expérience personnelle du mouvement, mais elle est quand même prise de la danse. Et puis il y a une étincelle de flamenco.
Spectacle « Mala yerba nunca muere » de Fin de fiesta
« Peu importe ce qui se passe, on fera toujours du flamenco »
Journaliste: Rabéa Kabbaj
Crédit photo : David L. et Levent Erutku
D'inspiration andalouse, le groupe torontois Fin de fiesta offre ce lundi à la Sala Rosa une deuxième partie de soirée sous le signe de la tradition. Après une tournée en Ontario, le quatuor présente pour la première fois au Québec sa deuxième pièce, « Mala yerba nunca muere », un hymne à la capacité à perdurer toujours et malgré les adversités de la vie.
À quoi le public doit-il s'attendre en allant voir « Mala yerba nunca muere » ?
Tamar Ilana: « Mala yerba nunca muere » c'est un proverbe qui signifie que quoi qu'il arrive, tu pourras toujours persévérer, continuer à avancer. Peu importe ce qui se passe. Et pour nous c'est ça: comme tout le monde, on a beaucoup de drames dans nos vies, beaucoup d'histoires. Mais peu importe, on va toujours faire du flamenco, on va le faire ensemble et on va l'apporter partout au Canada, partout dans le monde et on ne va jamais arrêter la danse, le chant, et la guitare. Quoi qu'il arrive !
Comment définir le flamenco de Fin de fiesta ?
Alexandra Talbot: Fin de fiesta est né de notre rencontre à Séville. On s'est tous rencontrés là-bas, donc on a tous étudié le flamenco vraiment très traditionnel avec vraiment les anciens qui sont là, ceux qui y ont fait leurs noms. C'est vraiment l'essence qu'on a voulu garder le plus possible en ramenant ça au Canada. On a décidé de continuer le projet ensemble, de créer et de faire une tournée avec quelque chose qui s'apparente vraiment au flamenco de style tablao qu'on va retrouver en Espagne. Donc: guitare, chant, parfois cajón - pas toujours -, palmas avec la percussion des mains et puis la danse. Après ça, c'est sûr qu'on va probablement continuer à évoluer, mais pour l'instant l'idée c'est vraiment de garder l'essence pure du flamenco, de rester assez simples. Et créatifs, parce qu'on s'entend qu'on n'est pas de Séville, on n'est pas d'Espagne...Donc on essaie quand même de garder notre touche personnelle et puis d'ajouter quand même notre background. On a fait d'autres types de danses aussi : j'ai fait de la danse classique, de la danse moderne, Tamar a dansé pendant longtemps, elle a fait d'autres types de chants aussi. Donc chacun essaie de garder son background.
Quel rapport entretenez-vous avec les sources du flamenco ?
Tamar Ilana : On essaie de garder un répertoire plutôt traditionnel. Pour les danseuses je chante ce qu'elles veulent, c'est la danse qui mène. Le danseur ou la danseuse mène, c'est lui qui décide ce que le chanteur ou la chanteuse va chanter plus ou moins. Par exemple si Alexandra dit « moi je veux danser la caña », il y a des vers traditionnels dans le cadre du style caña que moi je peux choisir. [...] Il y a beaucoup de sortes de chants mais on peut les diviser en deux types. Le chant pour la danse ou « cante para baile » et le chant en avant, soit seulement le chant et la guitare. [...] Le chant en arrière c'est pour la danse et le chant en avant c'est juste avec la guitare. Et pour ça, moi je peux choisir n'importe quoi. [...] Comme chanteuse, tu dois connaître la base, et la base c'est plutôt traditionnel. C'est des letras que tu dois connaître et ça vient du style traditionnel. Et puis tu peux composer des paroles ou d'autres vers, mais on reste plutôt traditionnels.
Qu'est ce qui vous plaît dans le flamenco, pourquoi l'avoir choisi ?
Tamar Ilana et Lia Grainger: Dès qu'on commence, on ne peut pas s'arrêter. C'est comme une drogue, une addiction. Le flamenco nous a choisi, nous et tous ceux qui le pratiquent, je crois. / Alexandra Talbot : Quand tu as le malheur de tomber dedans, tu commences à aller en Espagne, t'investis dans des vêtements flamenco, tout ton argent va là-dedans et tu laisses ton boulot. / Tamar Ilana : Dennis a son doctorat en astrophysique, il a tout laissé pour faire du flamenco, par exemple. Moi j'ai étudié la biologie à l'université, je l'ai aussi laissée. Avec le flamenco, on peut tout exprimer.
À quoi le public doit-il s'attendre en allant voir « Mala yerba nunca muere » ?
Tamar Ilana: « Mala yerba nunca muere » c'est un proverbe qui signifie que quoi qu'il arrive, tu pourras toujours persévérer, continuer à avancer. Peu importe ce qui se passe. Et pour nous c'est ça: comme tout le monde, on a beaucoup de drames dans nos vies, beaucoup d'histoires. Mais peu importe, on va toujours faire du flamenco, on va le faire ensemble et on va l'apporter partout au Canada, partout dans le monde et on ne va jamais arrêter la danse, le chant, et la guitare. Quoi qu'il arrive !
Comment définir le flamenco de Fin de fiesta ?
Alexandra Talbot: Fin de fiesta est né de notre rencontre à Séville. On s'est tous rencontrés là-bas, donc on a tous étudié le flamenco vraiment très traditionnel avec vraiment les anciens qui sont là, ceux qui y ont fait leurs noms. C'est vraiment l'essence qu'on a voulu garder le plus possible en ramenant ça au Canada. On a décidé de continuer le projet ensemble, de créer et de faire une tournée avec quelque chose qui s'apparente vraiment au flamenco de style tablao qu'on va retrouver en Espagne. Donc: guitare, chant, parfois cajón - pas toujours -, palmas avec la percussion des mains et puis la danse. Après ça, c'est sûr qu'on va probablement continuer à évoluer, mais pour l'instant l'idée c'est vraiment de garder l'essence pure du flamenco, de rester assez simples. Et créatifs, parce qu'on s'entend qu'on n'est pas de Séville, on n'est pas d'Espagne...Donc on essaie quand même de garder notre touche personnelle et puis d'ajouter quand même notre background. On a fait d'autres types de danses aussi : j'ai fait de la danse classique, de la danse moderne, Tamar a dansé pendant longtemps, elle a fait d'autres types de chants aussi. Donc chacun essaie de garder son background.
Quel rapport entretenez-vous avec les sources du flamenco ?
Tamar Ilana : On essaie de garder un répertoire plutôt traditionnel. Pour les danseuses je chante ce qu'elles veulent, c'est la danse qui mène. Le danseur ou la danseuse mène, c'est lui qui décide ce que le chanteur ou la chanteuse va chanter plus ou moins. Par exemple si Alexandra dit « moi je veux danser la caña », il y a des vers traditionnels dans le cadre du style caña que moi je peux choisir. [...] Il y a beaucoup de sortes de chants mais on peut les diviser en deux types. Le chant pour la danse ou « cante para baile » et le chant en avant, soit seulement le chant et la guitare. [...] Le chant en arrière c'est pour la danse et le chant en avant c'est juste avec la guitare. Et pour ça, moi je peux choisir n'importe quoi. [...] Comme chanteuse, tu dois connaître la base, et la base c'est plutôt traditionnel. C'est des letras que tu dois connaître et ça vient du style traditionnel. Et puis tu peux composer des paroles ou d'autres vers, mais on reste plutôt traditionnels.
Qu'est ce qui vous plaît dans le flamenco, pourquoi l'avoir choisi ?
Tamar Ilana et Lia Grainger: Dès qu'on commence, on ne peut pas s'arrêter. C'est comme une drogue, une addiction. Le flamenco nous a choisi, nous et tous ceux qui le pratiquent, je crois. / Alexandra Talbot : Quand tu as le malheur de tomber dedans, tu commences à aller en Espagne, t'investis dans des vêtements flamenco, tout ton argent va là-dedans et tu laisses ton boulot. / Tamar Ilana : Dennis a son doctorat en astrophysique, il a tout laissé pour faire du flamenco, par exemple. Moi j'ai étudié la biologie à l'université, je l'ai aussi laissée. Avec le flamenco, on peut tout exprimer.
MARDI 9 SEPTEMBRE 2014-SALA ROSSA 20:00
1ère partie: Bahram Aghakhan /SIMA FLAMENCA
2e partie : Dominique Soulard/ SOBRE LA MARCHA
Entretien avec Rae Bowhay
« Tu peux trouver ta passion de vie dans le flamenco »
Journaliste: Rabéa Kabbaj
Figure incontournable de la scène montréalaise, la danseuse Rae Bowhay se produit ce mardi à la Sala Rossa dans Sima Flamenca, le spectacle du guitariste Barham Aghakhan. Pratiquant le flamenco depuis son installation dans la métropole en 1996, l'artiste d'origine albertaine revient sur près de deux décennies d'apprentissages et de passion pour cet art qu'elle transmet à ses élèves depuis 2002.
Presque 20 ans après vos débuts dans le flamenco, avez-vous toujours le même engouement ?
Le flamenco c'est extrêmement long à apprendre, surtout côté musical, côté rythmique. N'importe quelle forme d'art ça prend 10 ou 15 ans. Tu dis 20 ans mais ce n'est pas 20 ans encore...je me sens comme si je commençais là ! Je me sens toujours comme ça. Il y a plein de choses que je veux travailler, expérimenter. Alors je ne me sens pas blasée. Je commence à comprendre maintenant c'est quoi. On n'arrête pas de faire des découvertes, surtout si on fait de la composition nous-mêmes. [...] Je ne m'ennuie jamais. Je dirais même que des fois la passion est plus forte maintenant qu'avant. Parce que plus tu en sais, plus tu comprends tes possibilités, ça devient de plus en plus riche.
Peut-on parler d'un « flamenco d'ici » ou bien le retour aux sources andalouses est-il constant ?
Pour les projets sur lesquels je travaille, [...] musicalement parlant, gestuellement parlant, il y a toujours quelque chose qui vient de moi-même, de mes racines. Quelqu'un d'Espagne va voir ce que je fais et il va se dire: wow, c'est différent, c'est nouveau ! Il y a c'est sûr une couleur d'ici. Mais la base ça vient de là-bas. [...] Les racines sont là : par exemple, les pas de base, le vocabulaire est là. Mais la manière de mettre tout ça ensemble, c'est ça la quête. C'est pour ça que quand tu fais ça, tu peux être année après année en train d'essayer de développer un nouveau style. Tu n'es pas juste en train d'imiter une tradition. Mais même en Espagne, c'est la même chose : tout le monde est en train d'essayer de se réinventer.
Comment définir votre style ?
Je fais plein de choses. C'est très contemporain. C'est sûr moi je ne me soucie pas des costumes [...], du look espagnol. Si je veux mettre une robe, je vais mettre une robe. Si je ne veux pas, non. [Au niveau de la gestuelle] il y a pleins d'éléments. Cela dépend de la pièce. Je n'ai pas un style fixe. Je fais des choses très contemporaines depuis très longtemps. Avec d'autres instruments, avec du monde qui chante en anglais mettons, avec une utilisation du sol, avec des objets pas communs dans le flamenco. Je fais ça depuis le début. Mon but c'était de ne pas faire du flamenco mais juste d'apprendre des éléments pour ensuite les utiliser comme outils. Après tu as une boîte à outils qui est mélangée de flamenco, de danse contemporaine, de musique actuelle, de rock mettons. Ça c'est ta boîte à outils et quand tu vas créer tu regardes juste tes outils. [...] Si tu veux faire un show flamenco, peut être la forme va être flamenco, mais je ne suis pas limitée à ça.
De votre point de vue de directrice d'une école de flamenco, tout le monde peut-il se lancer dans cette danse ?
Ça dépend si les gens se lancent dans ça juste pour du divertissement ou s'ils y entrent pour étudier. Parce que s'ils y entrent pour étudier, il y a beaucoup de choses à étudier. Ce n'est pas juste un cours de danse normal. Dans mes cours, j'essaie autant que possible de couvrir tous les aspects : comme l'improvisation, les compositions, les racines. [...] J'aimerais que les élèves ressentent aussi la liberté que je ressens de faire mes propres gestes, mes propres rythmes. J'essaie de donner tous les éléments. Donc pour quelqu'un qui veut étudier, qui veut rentrer dans la création, c'est beaucoup d'années de plaisir. [...] Mais c'est possible de le faire juste un peu pour le divertissement aussi.
Sur le plan personnel, qu'est ce que cela apporte ?
J'ai plus d'un élève qui m'ont dit que le flamenco les a aidés dans les moments difficiles de la vie. [...] Le flamenco c'est tellement passionné, c'est tellement émotionnel que d'avoir ce focus vers quelque chose qui est très profond, ça les a aidés à réapprendre à aimer la vie. J'ai eu ce commentaire plus d'une fois et ça m'a beaucoup touchée. Parce que des fois, on vit notre vie, on a notre job, et on n'a pas trouvé notre passion de vie. Et le flamenco c'est quelque chose dans lequel tu peux trouver cette passion. Tu n'as pas besoin d'avoir 17 ans ou 25 ans, tu peux être plus âgé dans ta vie et tu peux trouver cette passion-là. C'est tellement interactif entre les gens, que tu n'es pas tout seul. Tu ne peux pas faire du flamenco tout seul. Donc ça crée une communauté.






